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Entre pensée radicale et pragmatisme du plaidoyer : Réflexions de Mondiacult 2025  

Lars Ebert, secrétaire général de Culture Action Europe, a participé au programme officiel de Mondiacult 2025 et à l'Agora civique de Barcelone, représentant Culture Action Europe lors de diverses tables rondes et dans le cadre de la campagne Culture2030Goal. Mondiacult a également présenté un contexte propice à son lancement. Plan sectoriel de la Boussole culturelle de Culture Action Europe aux décideurs européens et nationaux. 

 Le Campagne Objectif Culture2030, lancé en 2013 par une coalition mondiale de réseaux culturels – dont Culture Action Europe (CAE), la FICAAC, CGLU, l'ICOM et d'autres – est né d'une conviction commune : la culture est le pilier manquant du développement durable. Si l'Agenda 2030 reconnaît implicitement le rôle de la culture, il lui manque un objectif culturel explicite. Ces dernières années, la coalition a travaillé sans relâche pour combler cette lacune : en recueillant des données probantes, en collaborant avec le système des Nations Unies et en formulant une vision de la culture comme moteur et catalyseur de la durabilité. 

Lors de Mondiacult 2025 à Barcelone, la coalition a dévoilé le 1.0 projet de l'Objectif Culture, un cadre qui définit la culture comme un droit humain et un fondement pour un avenir durable. La campagne Objectifs Culture2030 a invité la communauté culturelle mondiale à s'engager dans un processus ouvert et co-créatif en vue d'une proposition finale d'ici 2027, date à laquelle l'avenir des Objectifs de développement durable sera examiné aux Nations Unies à New York. Dans le cadre du groupe de pilotage de la campagne, la CAE a également sollicité l'avis de ses membres. Ce processus de rédaction collective a abouti à une proposition structurée autour d'un ensemble d'indicateurs portant sur les droits culturels et la diversité, l'accès et la participation équitables à la culture, la sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel, des conditions de travail équitables pour les travailleurs culturels et l'intégration de la culture dans les programmes d'éducation, d'environnement et de consolidation de la paix. 

J'ai eu l'honneur de représenter Culture Action Europe au sein du panel qui a lancé ce premier projet lors de la Agora civique, un espace de réflexion citoyenne indépendante, parallèle au programme officiel de l'UNESCO. Dans ma contribution, j'ai mis en avant une perspective sur l'objectif culturel inscrit dans la politique culturelle de l'UE.  

Dans la mesure où, au sein de l’UE, la compétence en matière de culture relève en premier lieu des États membres, le projet de l’Europe comme espace culturel ouvert sur le monde est complexe. Nous continuons d'utiliser le terme « politique culturelle », que l'UNESCO a contribué à forger après la Seconde Guerre mondiale pour préserver l'identité nationale à une époque où les États craignaient de perdre leur spécificité dans un monde globalisé, porté par le commerce, la technologie et la coopération multilatérale. Cet héritage ancre encore aujourd'hui la culture dans l'État-nation.  

Pourtant, l'Objectif Culture2030 dépasse les frontières : il considère la culture comme une entreprise véritablement mondiale et appelle à un niveau de coordination qu'aucun État ne peut assurer seul. Il appelle à repenser la culture comme une compétence supranationale.La culture est désormais plus interconnectée à l'échelle mondiale, et les politiques culturelles devraient l'être aussi. Tout cela pousse la culture au-delà de l'État-nation et vers des politiques supranationales : l'environnement numérique de la création et de l'IA est désormais sans frontières ; le programme de développement durable est coordonné à l'échelle transnationale ; la « pandémie » de santé mentale est autant individuelle que mondiale ; et la mobilité des artistes, les guerres et les déplacements, ainsi que la protection du patrimoine, requièrent des normes communes et des outils d'urgence conjoints. 

Vue sous cet angle, l'ambition d'un Objectif Culture autonome va au-delà des politiques culturelles nationales traditionnelles. Elle présente la culture comme un droit universel et un bien public universel, applicable à tous, partout.  

En matière de plaidoyer, cela implique de nouveaux modes d'élaboration des politiques, conformes au paradigme de la démocratie culturelle. Une coopération internationale renforcée, des modèles de gouvernance participatifs et décentralisés, des droits culturels numériques, des licences Creative Commons, des investissements dans les infrastructures culturelles et la participation culturelle. 

Je crois que Surmonter les limites posées par le principe de subsidiarité permettra de respecter les compétences culturelles nationales des États membres tout en établissant une compétence culturelle transnationale reconnaissant le caractère transfrontalier des travailleurs culturels, des processus créatifs et des biens culturels. Cela renforcerait stratégiquement le potentiel transformateur de la culture, si nécessaire, à la fois comme fondement de sociétés et de démocraties ouvertes et plurielles et comme pouvoir transversal permettant la mise en œuvre d'autres programmes politiques, tels que le bien-être ou la sécurité. 

Vue sous cet angle, l'ambition d'un Objectif Culture autonome s'inscrit dans une évolution plus large vers une compétence culturelle supranationale – une responsabilité partagée en matière de culture aux niveaux européen et mondial. Cela permettrait à l'UE d'appréhender la culture non seulement comme un soft power symbolique, mais aussi comme une ressource stratégique pour la résilience démocratique, l'inclusion sociale et le développement durable. 

En résumé : un objectif culturel renforcera notre plaidoyer pour une transition d’une politique culturelle de substitution vers une véritable compétence culturelle pour l’UE. Mais cela exige plus qu’une bonne politique, cela exige une volonté politique. 

Mondiacult 2025 : Connecter les agendas mondial et européen  

La déclaration finale de Mondiacult 2025 appelle à ce que la culture soit intégrée comme un objectif distinct dans tout cadre mondial post-2030, reflétant le plaidoyer inlassable de la coalition Culture2030Goal et de ses alliés. 

La prochaine phase sera décisive. D'ici septembre 2027, la coalition devra continuer à affiner l'architecture de l'objectif, à renforcer la crédibilité statistique de ses indicateurs et à consolider les alliances politiques aux niveaux mondial et régional. Ce travail nécessitera un dialogue soutenu avec les gouvernements nationaux, l'Union européenne, les agences des Nations Unies et la société civile afin de garantir un large consensus et un ancrage institutionnel pour un objectif culturel dans le futur programme de développement. 

Mondiacult 2025 a également été une occasion précieuse de renforcer la dimension européenne de cet effort mondial de plaidoyer. En marge de la conférence, j'ai pu rencontrer divers décideurs, dont le commissaire européen à la Culture, Glenn Micaleff, la présidente de la commission CULT, Nela Riehl, et le ministre espagnol de la Culture, Ernest Urtasun, hôte de Mondiacult. Lors de ces échanges, j'ai présenté le programme S de Culture Action Europe.Plan directeur pour une boussole culturelle—un cadre stratégique destiné à éclairer la politique culturelle européenne dans un monde en rapide mutation. Ce plan définit une vision de la culture comme bien commun, droit démocratique et moteur de transformation des transitions sociale, écologique et numérique de l'Europe. 

Comme je l’ai expliqué dans un récent interview pour Creative Unite« Les artistes doivent être libres et la culture doit être instrumentale, sans être instrumentalisée. » Cette idée résume l'essence même du plaidoyer du CAE : la culture doit servir la transformation sociétale, tout en restant indépendante des agendas politiques ou économiques étroits. Le Plan sectoriel « Boussole culturelle » s'appuie sur cette conviction et offre un outil de navigation pour aligner les politiques culturelles de l'UE sur les besoins du secteur et sur les programmes plus larges de durabilité, de bien-être et de résilience démocratique. 

En s’engageant auprès des institutions européennes, des gouvernements nationaux et des acteurs mondiaux à Barcelone, le CAE a réaffirmé son ambition d’intégrer la perspective mondiale dans les débats européens sur le plaidoyer et la politique culturelle.  

Une perspective plus large : entre pensée radicale et pragmatisme politique  

Les sessions de l'Agora civique parallèles au programme officiel de Mondiacult ont offert un espace crucial de réflexion et de critique, notamment pour Justin O'Connor, qui nous rappelle La poursuite d'un Objectif Culture ne doit pas devenir un exercice bureaucratique dans un contexte rattrapé par les évolutions mondiales. O'Connor plaide pour une refonte radicale du rôle de la culture face aux crises sociales et écologiques de notre époque et appelle à la reconquérir comme champ d'imagination démocratique et de transformation sociale. Le défi à venir consiste à relier cette critique intellectuelle radicale et pertinente au plaidoyer politique nécessaire pour obtenir des résultats tangibles au sein des systèmes de gouvernance mondiale. 

L'appel à un Objectif Culture est en ce sens plus qu'une simple campagne. Il ouvre un débat qui reflète un changement de paradigme inévitable. Il nous invite à dépasser les conceptions du XXe siècle d'une politique culturelle ancrée dans l'identité nationale et à considérer la culture comme un droit universel et un bien public mondial. Une telle évolution exige de nouveaux modes d'élaboration des politiques : participatifs, transfrontaliers et fondés sur la démocratie culturelle.  

Et puis, s'il vous plaît, lorsque nous parlons de politique culturelle, commençons par parler de culture et de politique. Justin O'Connor souligne à juste titre la complexité de ce couple. La culture peut être instrumentalisée politiquement, et la liberté d'expression artistique et l'autonomie de nos institutions doivent être protégées à tout prix. Pourtant, tous nos appels à une plus grande autonomisation du secteur culturel reposent sur… volonté politique. Nous avons besoin d'un discours politique qui affirme la droit et la possibilité non seulement d'accéder à la culture, mais aussi de créer, de façonner et participer à la prise de décision collective. En ce sens, la culture est essentielle à la politique. Alors, mettre fin à la dépolitisation de la culture et la reconnaître comme une force démocratique. Oui, nous avons besoin de données-entraîné plaidoyer pour ´prouver« L'impact de la culture, mais sans vision politique, nous sommes perdus. 


Crédit photo : UNESCO
Description visuelle : Les participants à une tour humaine traditionnelle catalane, ou « castell », se tiennent côte à côte, vêtus de chemises rouges, et se tiennent par le bras pour soutenir les grimpeurs. Cette pratique séculaire, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, symbolise la force, la confiance et l'identité collective dans la culture catalane.